Journalistes jeunes de tous les pays, unissez-vous !

Il y a un peu moins d’un an, j’ai découvert que les journaux scolaires, ou tenus par des jeunes dans diverses structures, faisaient partie d’un seul et même phénomène : la presse d’initiative jeune. Voilà des mots que je ne connaissais pas encore l’année dernière, mais que j’adore prononcer depuis. C’est un mouvement que je ne soupçonnais tout bonnement pas. Loin des stéréotypes que l’on voit trop souvent, j’ai découvert que les journaux collégiens et lycéens se comptent par centaines, et que ce mouvement est empreint de politique. Ce serait le détourner de dire qu’il ne se préoccupe que de ça, mais c’est un aspect incontournable face au peu de crédibilité accordé aux jeunes dans l’appareil médiatique.

 

Je fus également sidéré de l’ancienneté de ce phénomène. Jaurais aisément cru qu’il ne datait pas d’hier, mais je fus surpris de découvrir que dès le début du XIXème siècle, des journalistes jeunes s’organisaient comme ils pouvaient, et ce, bien avant la loi sur la liberté de la presse de 1881.

En effet, la presse étudiante et lycéenne existe depuis les années 1820  : les collégiens et les étudiants créent leurs propres journaux – plus ou moins cachés, écrits à la marge, menacés de représailles académiques ou gouvernementales – pour exprimer leurs opinions et convictions. Ils essaient d’exister au sein de l’espace public, de débattre, d’interpeller les adultes. Ces journaux constituent une source remarquable pour appréhender la vie et les opinions de ce groupe social  : «  La parole médiatique, en dépit des difficultés, permet aux jeunes gens lettrés de revendiquer leur existence en tant que groupe social déterminé. Le corpus des journaux étudiants et lycéens ne cesse de s’affirmer, de se développer et de se distinguer au cours du XIXe siècle  »

Extrait d’un ouvrage de Laurence Corroy, paru en 2008 aux éditions Vuiber : Les jeunes et les médias ; raisons du succès.

Des outils et structures existent désormais pour légitimer la presse d’initiative jeune. Il s’agit de la faire connaître à travers un angle sérieux, loin des regards paternalistes qui peuvent nous être jetés, trop souvent. Tout simplement, ce fut vital pour ce projet de média de voir que nous n’étions pas seul.e.s, que d’autres journalistes jeunes assument leurs propres parole politique et ligne éditoriale à travers la France (et pas que métropolitaine).

Créée en 2006, l’association Jets d’encre a pour ambition d’être une association nationale de promotion et de défense de la presse d’initiative jeune. Parmi ses événements incontournables figurent le Concours Kaléido’scoop et le Festival Expresso. L’un est dédié à l’organisation de jurys ayant pour but d’aboutir à une remise des prix [4 catégories existent ; journaux collégiens, lycéens, étudiants, de quartiers/de ville], l’autre est un festival de 24h – nuit blanche comprise – où des dizaines de rédactions – et centaines de Journalistes Jeunes – viennent produire un journal dans le temps imparti.

Le travail ne s’arrête pas là cependant. L’association fut le principal amorceur de l’article – qui permet désormais aux mineurs de 16 ans et plus d’assumer la direction de publication d’un magazine, et ce n’importe où. Jusque-là, la seule dérogation possible concernait les journaux lycéens. Après plusieurs mois d’insoutenable suspense afin de savoir si l’article serait écarté des débats – comme après son premier passage au Sénat – la loi fut promulguée et inscrite au journal le 28 Janvier 2017. Un symbole de l’ensemble de son oeuvre : l’association Jets d’encre, avec le soutien des journalistes jeunes adhérent·e·s, a permis de faire un pas de plus vers une légitimation de la presse d’initiative jeune.

Elle anime également un Observatoires des pratiques de presse lycéenne, avec 21 acteurs de l’Education Nationale, et de l’éducation populaire, ou encore un service nommé SOS Censure. Il permet aux journalistes jeunes d’appeler une médiation, lorsque le directeur de publication du journal les censure. Les journalistes jeunes ne sont plus seuls 

 

C’est une association gérée par des personnes agées de 16 à 25 ans. Un point commun avec l’Agence de Presses Jeune : fondée en janvier 2017, elle se targue d’être la première société de presse exclusivement dédiée à la jeunesse.. et elle a raison ! Dans son communiqué de lancement, l’agence entend s’attaquer à un paradoxe omniprésent sur la jeunesse, dans notre société : encouragée à s’exprimer, mais négligée lorsqu’elle le fait. La négligence, c’est le fait qu’à n’importe quel moment il est possible de nous rabaisser à un statut qui équivaut finalement à un non statut. Nous sommes hors ou en cours d’études de journalisme, par choix ou par défaut. On mettra une opinion radicale sur le compte de notre fougue, une vision bienveillante du monde sur le compte de notre naiveté.

« C’est par la création de l’Agence Presses Jeune qu’i(e)ls souhaitent permettre à la jeunesse d’être mieux représentée dans le débat public. Ainsi, la société offre l’opportunité aux jeunes agé(e)s de 15 à 25 ans de réaliser leurs projets en lien avec les médias, l’information, et les réseaux sociaux »

La presse d’initiative jeune est essentiellement un mouvement politique, même quand son contenu ne l’est pas nécessairement. À travers un paysage médiatique actionnarial un peu vieillissant, nous sommes assuré·e·s de disposer de ressources solides afin de participer en tant que journaliste jeune – et pas nécessairement jeune journaliste – à un paysage médiatique diversifié, et égalitaire. À nous d’aller chercher une place « constante, durable, non stéréotypée et légitime».

 

 

 

 

       

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