3 questions à ne plus poser à un.e traducteur.trice pour l’audiovisuel

C’est quoi, la traduction pour l’audiovisuel ?

C’est ce qui permet de traduire des films, séries, documentaires, jeux télévisés etc. d’une langue vers une autre. Le traducteur (ou adaptateur) est capable de créer des textes de doublage, de sous-titrage et de voice-over (qui consiste à ajouter la voix française par-dessus la voix anglaise, pour un documentaire par exemple). Que font les personnes qui traduisent les 15 nouveaux programmes que Netflix ajoute chaque semaine ?

1-      Alors c’est vous qui faites les voix ?

Eh non ! Ce n’est pas moi qui ai doublé Emma Stone dans La La Land. Déjà parce que je ne sais absolument pas chanter, et surtout parce que ce n’est pas mon boulot. Moi, je travaille depuis chez moi, en indépendant, et je contacte des studios pour qu’ils me confient la traduction de leur dernier film, épisode de Game of Thrones (on peut rêver, non ?) ou documentaire sur la vie sexuelle des mouches (parce que c’est un travail sympa, mais pas toujours passionnant non plus).

Une fois l’accord passé, ils m’envoient le fichier vidéo en version originale et son script, que je me charge de traduire. Alors, oui, quand je fais du doublage, il faut bien que je teste mon texte pour voir s’il est synchro avec l’image et les mouvements de bouche des personnages, mais je ne suis pas comédienne. Une fois ma traduction terminée, je renvoie mon fichier au studio, qui se charge ensuite de trouver les voix idéales pour l’enregistrement du doublage.

2-      Vous parlez seulement anglais ? Tout le monde peut le faire…

Celle-là, vraiment, pitié, ne la posez plus. Alors oui, je ne travaille qu’avec l’anglais, et c’est quand même plutôt compliqué. On ne devient pas traducteur avec le niveau d’anglais (ou d’espagnol, ou de russe) qu’on a en sortant du lycée.

La traduction, ça implique aussi la connaissance approfondie non seulement de la langue, mais aussi de la culture, de la politique et de tout ce qui va avec. Et tout ça, je l’ai acquis avec beaucoup de travail et plusieurs années passées au Royaume-Uni.

Et pour mes collègues traducteurs.trices parti.e.s aux États-Unis, au Canada ou en Australie, c’est pareil. Résultat : on est plus aptes à comprendre les références et à les adapter correctement pour un public français. C’est pour ça que, contrairement aux fansubbers, je sais que quand un personnage dit « Jerry and I go way back », il veut dire qu’il connaît Jerry depuis longtemps, et non pas :

 

(Source : The Fall – S01E01 Plus d’exemples sur http://lessoustitresdelahonte.tumblr.com)

 

3-      Justement, avec le fansubbing*, Google Trad… Vous avez quoi, comme avenir ?

*fansubbing : traductions amateur de séries et films faites gratuitement par des équipes en ligne.

Alors, oui, il existe bien des groupes de fansubbing en ligne. Ils sous-titrent les derniers films et séries plus ou moins bien, mais le sous-titrage et le doublage, comme toute traduction, c’est un métier. En réalité, on ne crache pas sur les fansubbers. Mais le gros problème, c’est qu’ils travaillent souvent de façon bâclée. De l’autre côté, ils le font vite et gratuitement, ce qui met un gros coup à la valeur de notre travail à nous : on se retrouve avec des délais de plus en plus courts parce que les chaînes ont la pression pour proposer les séries 24h après leur diffusion dans leur pays d’origine (souvent les États-Unis). Du coup, les studios s’inquiètent moins de la qualité et ils nous paient de moins en moins bien.

Quant à Google Traduction et les autres services de traduction automatique, ils ont beau être performants, ils fonctionnent sur des algorithmes. Du coup, ils peuvent traduire des formules courantes de façon assez précises, mais dès qu’il s’agit de textes plus créatifs, tout s’écroule. Vous voyez ? Importante, la culture de la langue, je vous dis. Tant qu’on aura encore le goût de la métaphore, les traducteurs auront toujours de l’avenir.

Pour information, j’ai accédé à ce métier grâce au Master MéLexTra de Lille 3. Les universités de Nice et Paris Nanterre proposent également des formations similaires.

 

 

 

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Source image de présentation : http://www.customwallpaper.net.au/image/cinema-film-reel-and-out-of-focus-movie-clapper-board/

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