Lanceurs d’alertes ; catalyseurs du journalisme d’investigation

/ Cet article a été écrit dans le cadre du Festival Expresso organisé par l’Association Jets d’encre où chaque rédaction participante doit produire un journal de A à Z en 15h00 chrono [et nuit blanche comprise], sur 10 sujets imposés. Voici l’un d’entre eux, qui avait pour thème : Journalisme d’investigation en état d’alerte. Nous remercions Kylian, de la rédaction mancunienne du Néologiste, pour avoir agrémenté cet article d’un superbe dessin. / 

 

Récemment lancée par Bruxelles, la directive européenne au sujet du secret des affaires fait débat. Puisqu’une telle législation est autorisée dans de nombreux autres pays, pourquoi l’Europe n’y aurait-elle pas droit ? Censée être mise en place prochainement pour protéger les petites entreprises du « grand méchant Made in China », ce projet est en fait une atteinte directe aux journalistes d’investigation. Elle leur rend la tâche encore plus difficile : les grandes entreprises peuvent garder sous silence tout ce qu’elles considèrent confidentiel, voire « secret ». Dans la loi dite « Macron », le nouveau Président de  la République – alors qu’il était encore ministre – proposait que la violation du secret des affaires soit considérée comme un délit. À force du lobbying de nombreuses organisations, l’amendement a finalement été abandonné. Cependant, la Commission  Européenne prévoit de généraliser ce délit à l’ensemble des pays membres de l’UE.

L’organisation « Informer est un droit » se bat contre la réalisation d’un tel projet, mais les lanceurs d’alerte se heurtent à beaucoup de réticence face à la loi qui facilite l’action répressive de la part des grandes entreprises. En 2014, le français Raphaël Halet s’est vu condamné à neuf mois de prison après avoir un long processus d’intimidation de ses employeurs, l’entreprise Price waterhouse Coopers (PwC). Cette stratégie, en grande partie hors-la-loi, consistait en de nombreux mensonges et menaces. En effet, Raphaël Halet a été contraint de signer un accord avec PwC, qui l’effrayait en le sommant de payer plusieurs millions d’euros, et de passer des années en prison s’il parlait davantage de l’affaire. Cette violence, autorisée par la justice française, montre la situation périlleuse des personnes qui souhaitent lancer l’alerte. Le journalisme d’investigation repose donc sur la participation consciente des citoyens. Les lanceurs d’alerte, qui sont des acteurs primordiaux du journalisme d’investigation, sont aujourd’hui en grand danger, tant par la loi qui ne leur offre aucune protection, que par le grands groupes qui s’arrangent pour détourner la justice afin de les dissuader.

Ce danger pèse donc aussi sur le journalisme d’investigation, pour qui il est désormais nécessaire de lancer l’alerte : pour la création et la défense d’un statut juridique particulier destiné aux lanceurs d’alerte, pour l’application sans failles de la loi sur le secret des sources des journalistes de 1981 mais aussi pour la transparence en tous points des entreprises envers leurs salariés.

 

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Noctambule s’est vu récompenser du Prix Reporters Sans Frontières à la suite de cet article. Si nous l’avons maintes et maintes fois répété depuis, c’est pour nous une immense fierté. 

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