Captivité animale : un business à l’agonie

La semaine dernière, le Parc animalier « La pinède des singes », à Labenne (40) euthanasiait plus de 150 macaques de Java. Ce zoo était en liquidation judiciaire depuis avril 2016 en raison de « graves dysfonctionnements ». La mort des animaux, porteurs d’une forme d’herpès dangereuse pour l’humain, a fait réagir et a ravivé le débat sur la captivité animale. L’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) a confirmé qu’au-delà des risques sanitaires, l’euthanasie d’animaux en captivité était une chose courante : entre 3 000 et 5 000 individus connaîtraient ce sort chaque année en Europe. Il s’agirait « d’une bonne méthode de régulation des populations »…

Si la fréquentation des zoos est en baisse (de 16 % en 2017 selon la directrice du Parc Zoologique de Paris), c’est l’industrie de l’exploitation des animaux pour le spectacle qui est au plus mal. Entre perte de popularité et mauvaise presse, il semblerait que, lentement, le rideau tombe. La fin est proche pour les cirques détenant des animaux sauvages et autres Marinelands.

 

En 2013, le film Blackfish – L’orque tueuse[1] est diffusé sur Arte. Son succès est immédiat et il paraîtra à nouveau sur la chaîne deux ans plus tard. Disponible sur YouTube et Netflix, le documentaire fait parler de lui. Filmé aux Etats-Unis, dans le parc SeaWorld (l’équivalent de notre Marineland d’Antibes), il raconte l’histoire de l’orque Tilkium, tristement célèbre pour avoir attaqué sa dresseuse en l’entraînant au fond du bassin. Cet épaulard, capturé en pleine mer à l’âge de deux ans, a tué trois personnes. En immersion dans le parc, auprès des animaux et des dresseurs, la réalisatrice Gabriela Cowperthwaite relate son histoire, depuis sa capture jusqu’au drame. Le documentaire, qui fait immédiatement chuter les actions en bourse du parc, remet en question la capture, le dressage et l’exploitation de ces animaux.

Un accident similaire s’est déroulé ce dimanche 7 mai… Avec un lion. En pleine représentation du cirque  Buffalo Circus, ce « Tilkium terrestre » a sauté à la gorge de son dresseur sous les yeux du public. La scène a été filmée, et la vidéo est rapidement devenue virale. Selon les membres du cirque, Chirkane était un animal « bien traité ». Il semblerait malheureusement qu’enfermer des animaux sauvages et leur faire parcourir des centaines de kilomètres chaque année à des fins lucratives ne soit toujours pas considéré comme de la « maltraitance ». Bon. Ce drame a eu le mérite de remettre sur le tapis la question de la captivité animale. Malgré les premières rumeurs, l’animal n’a pas été euthanasié. Il sera certainement placé dans un zoo.

 

De mauvaises nouvelles tempérées par de bonnes surprises. La première – et Ô combien surprenante – vient de Ségolène Royal, ancienne Ministre de l’Ecologie. Début mai, elle a ainsi signé un arrêté concernant les delphinariums. Le texte prévoit une « augmentation d’au moins 150 % de la surface des bassins afin de permettre aux animaux de se soustraire à la proximité des visiteurs et à celle des autres animaux », l’interdiction du chlore dans le traitement de l’eau, et l’interdiction des contacts directs des animaux avec le public. Après concertation avec des ONG, Mme Royal a décidé d’aller encore plus loin. Le texte précise à présent que : «La reproduction des orques et des dauphins actuellement détenus en France est désormais interdite. Ainsi, seuls les orques et les dauphins actuellement régulièrement détenus peuvent continuer à l’être, sans ouvrir à de nouvelles naissances». A terme, les parcs marins sont amenés à fermer, pour la plus grande joie des associations de protection des animaux. Evidemment, cette nouvelle n’est pas pour plaire à ceux qui s’enrichissaient jusqu’ici de leur captivité. Et comment ne pas sourire en entendant l’argument de Rodolphe Delord, président de l’association française des parcs zoologiques et directeur du zoo de Beauval : « Mais l’interdiction de la reproduction va à l’encontre du bien-être animal car ces animaux sont faits pour se reproduire ». Mais Monsieur Delord, qui prive réellement ces animaux de leurs instincts sauvages, de leurs comportements primaires et de leur bien-être ?

             Une bonne surprise également dans le milieu circassien : le cirque Joseph Bouglione a annoncé l’arrêt définitif des numéros mettant en scènes des animaux, ceux-ci ayant été placés dans des sanctuaires et réserves. Le petit-fils de Joseph Bouglione confiait à l’association 30 Millions d’Amis : « C’est par amour des animaux et par respect du public que j’ai arrêté. J’ai vu un sondage qui indiquait que 80 % des Français étaient sensibles à la cause animale. Notre métier, c’est de faire un spectacle pour la famille. Si une très large majorité des familles est sensible à la cause animale, on ne peut pas continuer à faire un spectacle qui les dérange. Je ne me voyais pas continuer à présenter des animaux à des gens qui ressentent une gêne morale en venant au cirque. » Bien que cette nouvelle ne concerne que ce cirque en particulier (et non pas le cirque d’hiver Bouglione qui détient encore des animaux), c’est un premier pas vers une évolution du cirque traditionnel. Partout en France, petit à petit, des communes s’opposent à la venue de cirques détenant des animaux sauvages. L’association Code Animal, via leur site Cirques de France, recense ses villes et donne à chacun les démarches pour solliciter les mairies et agir, à son échelle, contre l’enfermement et la maltraitance flagrante que subissent lions, tigres, éléphants et autres dromadaires détenus dans des cirques[2].

                Aujourd’hui, 23 pays dans le monde interdisent les cirques détenant des animaux sauvages dont l’Autriche, la Belgique,  la Croatie et le Portugal, Singapour, la Slovénie ou encore la Suède.

De même, plusieurs pays refusent le maintien de cétacés en captivité à des fins commerciales ou de spectacle : parmi eux, on peut citer le Chili, la Suisse et l’Inde. Au sein de l’UE, certains pays n’en possèdent d’ailleurs aucun, comme  la Hongrie, l’Irlande, le Luxembourg, la Pologne, la Roumanie ou le Royaume-Uni.

               

Parfois capturés dans la nature, les animaux exploités pour le spectacle voient niés tous leurs comportements naturels et leurs besoins primaires. Les « accidents » récurrents, les signes de mal-être (balancements, tics) et les morts prématurées auraient dû, depuis longtemps déjà, interpeller les autorités et les spectateurs. L’urgence est de sensibiliser les familles et groupes scolaires, premiers consommateurs de ces « divertissements », au sort que subissent les animaux dans ce genre de structures : l’enfermement tourné en ridicule n’est ni ludique, ni éducatif. Il est grand temps que le rideau tombe sur ces tristes comédies d’un autre âge.

Pour en savoir plus :

 

[1] https://youtu.be/VuXnU6RTAW8

[2] http://www.cirques-de-france.fr/les-communes-qui-agissent-en-faveur-des-animaux

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