Identités malgaches

Quand on a 18 ans, on se pose bien des questions sur son identité. Les « sois simplement toi même » conseillés par nos proches ne sont en réalité pas si simples que ça à appliquer. Être soi, oui, mais, qui suis-je ?
Quand on a 18 ans et que l’on est Malgache,  on vit dans un pays qui semble appartenir au monde entier sauf à notre peuple. Ce questionnement autour de l’identité prend une dimension bien plus complexe. En voyageant à Madagascar j’ai eu l’impression d’un mal-être autour de cette question. L’identité me semble intimement liée au passé, où elle trouve ses racines. Alors, pour tenter de mieux comprendre la situation, il m’a paru nécessaire de m’intéresser à l’histoire de ce pays. Peuple de migrant.e.s venu.e.s des quatre coins de l’Océan Indien, les Malgaches se distinguent encore en de multiples groupes ethniques. Cette diversité est une véritable source de richesse qui a bien été affaiblie par les évènements historiques du pays et qui, aujourd’hui encore, est menacée par une vague d’uniformisation voulu par des acteurs extérieurs au pays.

 
Peuple colonisé, chamboulé, soumis, le peuple malgache a dû s’adapter aux différentes exigences qui lui ont été imposées, lui demandant souvent au passage de renier une partie de lui-même. Aujourd’hui encore, si Madagascar est officiellement un pays libre, force est de constater que dans les faits, le pays ne l’est pas tant que ça, et qu’une forme de colonisation moderne plane au-dessus de ce peuple. La colonisation, que ce soit celle des siècles passés ou sa version plus récente, est aussi synonyme de déception, de désillusion, d’humiliation. Comment ne pas en avoir la personnalité meurtrie ? Comment ne pas sentir son identité menacée ? Comment ne pas avoir le sentiment de vivre dans un monde qui appartient aux autres ? Il faut apprendre un autre langage, d’autres codes… Un effort d’adaptation constant, rythmé par les rebondissements politiques.

 

Au sein même du pays, au fur et à mesure que les gouvernements se succèdent, coup d’état après coup d’état, les malgaches doivent changer radicalement de façon d’être et de faire.

 

Car si les méthodes autoritaires des hommes au pouvoir sont identiques, leurs idéaux sont souvent opposés à ceux du gouvernement précédent. Ce qui est obligatoire un jour, est interdit le lendemain. Pour prendre un exemple marquant, en un claquement de doigt, la langue française qui était imposée, a été bannie, avant d’être de nouveau de rigueur, et ainsi de suite.
Il y a aussi l’intervention de la « modernité » et plus précisément, de la mondialisation, qui invite brutalement les malgaches à changer leur façon de penser, de concevoir la vie et le rapport à l’autre. Un jour les populations malgaches vivent de leurs savoir-faire ancestraux, le lendemain, on leur parle de productivité, de rentabilité, de compétitivité. On leur demande d’être à l’image du monde dans lequel ils sont projetés.
De plus, je ne vous apprends rien en écrivant que la société malgache est particulièrement corrompue. Tout s’acquiert par l’argent, que ce soient les diplômes, le travail, la vie. Oui, on achète sa vie. « Une vie qui ne nous ressemble peut-être pas, mais qu’importe, c’est tout ce que nous sommes en mesure de nous offrir… ». Même les plus riches, qui dans une certaine logique ont accès à un plus grand choix d’orientations professionnelles s’obligent à prendre une voie à la hauteur de leur « moyens ». Résultat: la majorité des Malgaches, peu passionnés par ce qu’ils font, ne semblent pas être vraiment épanouis. La société donne l’impression de se construire sur du faux, dans une image qui ne lui correspond pas, dans un modèle accepté sans sincérité.

De manière générale, Madagascar paraît être un pays qui se cherche, un pays en mal d’identité. Nul doute que cette crise identitaire soit un obstacle au redressement du pays. Comment savoir où l’on va si l’on ne sait pas qui l’on est, ou, pire, si l’on est pas soi-même ?

Gaelle Dubot

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