Présidentielles & animaux : entre hypocrisie et franc mépris

« J’ai rarement vu autant d’amour que celui qu’expriment les éleveurs à l’égard des animaux qu’ils élèvent ».

C’est l’une des premières phrases de Marine Le Pen, dans une vidéo mise en ligne sur son site FrontNational.com le 1er mars[1]. Qu’on ne s’y trompe pas : son objectif est de s’y présenter comme une candidate qui s’engage pour la défense des animaux. Après les images dévoilées par plusieurs associations, en France et ailleurs, cette déclaration a de quoi faire grincer des dents…

Il est vrai que la question animale est plus que jamais d’actualité : à quelques jours du second tour des présidentielles, et au vu de l’importance grandissante que prend la considération du bien-être animal, la question est primordiale pour les candidats. Le manifeste du collectif Animal Politique, largement relayé par le site Politique & Animaux, appelle les personnalités politiques à se positionner sur la question animale.

Quelles sont ces positions, à la droite de l’échiquier politique ? Dès 2012, le Front National prétendait « défendre les animaux contre la barbarie », fermement décidé à interdire l’abattage halal. Une réclamation qui peut sonner juste : l’égorgement sans étourdissement représente une souffrance indéniable pour les animaux, certains pouvant agoniser pendant près de 12 minutes. On s’attendrait donc naturellement à voir ce même parti s’insurger contre le calvaire du gavage forcé des canards ou contre la barbarie des corridas : que nenni ! En 2016, le parti réclamait des fonds supplémentaires pour soutenir la filière du foie gras, « composante essentielle de l’identité du Sud-Ouest ». Quant à la corrida, Le FN ne s’est toujours pas officiellement prononcé, laissant planer le doute. Une compassion occasionnelle, quoi que tristement fidèle aux idées du parti, fervent défenseur de la « tradition française »… Quel qu’en soit le prix à payer pour les animaux.

 

 

Marine Le Pen a récemment rappelé son engagement contre les fermes à fourrures, « qui touchent encore des milliers de visons, lapins ou encore chinchillas, élevés dans le seul objectif de prendre leur fourrure ; souvent à vif », ainsi que son intention d’abolir les combats de coqs. Son programme propose aussi d’intensifier les contrôles vétérinaires dans les abattoirs (bien qu’on ait pu voir récemment que, vétérinaire ou pas, l’horreur était la même), de limiter le temps de trajet des animaux entre l’élevage et l’abattoir, et « d’éviter » l’expérimentation animale. Une logique ambigüe, puisqu’elle a récemment refusé de soutenir la reconnaissance du statut d’être vivant doué de sensibilité aux animaux sauvages, ainsi que la fin de l’exploitation animale à des fins de spectacle.

 

Elle a tout de même exigé que les cages « répondent aux exigences du bien-être animal » (quand même, on n’est pas des monstres…!). Elle drague par ailleurs l’ensemble des chasseurs, en leur promettant « d’améliorer leur situation » et de les placer « au cœur des politiques environnementales », eux qui seraient les fidèles détenteurs d’un véritable « art de vivre ». La candidate a, par ailleurs, soigneusement évité de répondre quant à la mise en place d’alternatives végétales dans la restauration. On l’aura compris, sa position est délicate : difficile d’amadouer à la fois éleveurs, chasseurs et défenseurs des animaux tout en gardant un discours crédible et cohérent…

 

Point d’hypocrisie chez Macron : l’éthique animale, on verra ça plus tard. Le candidat d’En Marche ! Le candidat n’a même pas pris la peine de répondre à l’AVF (Association végétarienne de France) quant à la végétalisation de l’alimentation. Il était en revanche bien présent à l’assemblée générale de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), et a d’ailleurs tweeté qu’il « Remerciait les 500 000 bénévoles de la chasse » qui « donnent de leur temps sur la gestion des territoires ». Emouvant, n’est-ce pas ?

 

 

Tout n’est pas à jeter (enfin, presque pas tout). Le candidat compte tout de même « créer un organe indépendant d’accompagnement et de contrôle du développement des méthodes de remplacement » afin de se passer de l’expérimentation sur les animaux de laboratoire. Il soutient par ailleurs la mesure n°21 du manifeste Animal Politique, « 21. Reconnaître à tout animal sauvage le statut d’être vivant doué de sensibilité », de même que l’intégration de la notion de respect des animaux dans les programmes scolaires.

 

Il y a quinze jours, il profitait d’une interview de La Provence pour exprimer son avis à propos des corridas, ce « spectacle » qui consiste à torturer un taureau pendant 20 minutes avant de le poignarder sous les bravos de la foule – puisqu’on vous dit que c’est de l’art ! « La corrida fait partie intégrante de la culture et de l’économie, y compris du tourisme. Je suis à ce titre opposé à l’interdiction dans les territoires de tradition taurine ». Bon.

 

Allez, du point de vue de l’élevage au moins ? Un peu de positif ? Un brin d’espoir pour les trois millions d’êtres sensibles abattus chaque jour dans les abattoirs français ? « Si quelqu’un est malheureux lorsqu’il y a un problème de bien-être animal, c’est l’éleveur le premier (…) C’est lui qui pleure quand un animal meurt. Ce n’est pas les gens qui sont dans des associations ou dans des bureaux », susurrait-il aux éleveurs lors du congrès de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricole). Sur sa lancée, il a aussi refusé, par l’intermédiaire de son porte-parole Benjamin Griveaux, de soutenir l’interdiction de l’abattage des vaches gestantes, malgré les horreurs dévoilées à Limoges par l’association L214. Refus tout aussi ferme de remettre en question le gavage des oies pour le foie gras.

 

Vraiment, Monsieur Macron, on ne peut pas en discuter ? « Il faut laisser respirer les gens, arrêter d’emmerder les Français. Vu l’état du pays, j’ai beaucoup d’autres choses à faire ». Voilà qui est on ne peut plus clair. Entre l’hypocrisie vaseuse de l’extrême droite et le mépris non dissimulé du candidat «d’En Marche !», il reste peu de place au doute : quel que soit le résultat, le dimanche 7 mai, tous les animaux auront perdu. Défenseurs de la cause animale, retroussez-vous les manches : les cinq prochaines années vont être longues.

 

 

Source principale : https://www.politique-animaux.fr/

[1] http://www.frontnational.com/videos/defense-des-animaux-marine-le-pen-sengage/

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