Festival Travelling : Et si c’était un film ?

« On se croirait dans un film. » Voilà ce que j’ai entendu sur le festival, d’un amateur de cinéma happé par l’univers de Travelling, le temps d’une semaine, du 7 au 14 février. Chaque festivalier est acteur de son propre film, d’où il crée son histoire, façonne ses images, enregistre des sons et des mots. Mais chaque festivalier est également acteur du film d’autrui. C’est ça Travelling, une multiplicité de perception mais une expérience collective. Mais alors, si Travelling était un film et un seul, que verrait-on, que ressentirait-on ? Afin de vous raconter ce film, cinquante personnes m’ont partagé selon leur vécu les ingrédients pour faire un film à l’image du festival, qu’ils aient été bénévoles, spectateurs, organisateurs ou visiteurs furtifs.

 

Contemplatif ou aventuresque, Travelling serait un film qui fait voyager. Le film nous ferait voir un ailleurs, nous serions immergés dans une nouvelle réalité. La caméra que l’on peut associer à la « fenêtre ouverte sur le monde » d’Alberti, présenterait ici un tour du monde géant, ou serait encore créatrice d’un nouvel univers. Elle voyagerait de part en part, en longeant les routes comme un Road Movie, traversant une mosaïque de paysages et de villes. Mais la caméra prend son envol et ne se contente plus des grandes routes ou des chemins de terre, elle rejoint le ciel et se fait montgolfière. Par cette hauteur, on perçoit dans le film l’être humain dans sa globalité, une rencontre avec l’espèce humaine dans ses vices et sa beauté. Si la caméra redescend c’est pour se placer en pleine mer, sur un bateau où sont réunis les femmes et les hommes les plus divers, ensemble dans une direction inconnue. Travelling déjoue les frontières entre terre, ciel et mer de la même façon qu’il brise les frontières entre les cultures. C’est pourquoi le film Travelling pourrait être lui-même construit comme un travelling de cinéma, un mouvement latéral de caméra qui ne s’arrête et ne se retourne jamais, parcourant la terre, le ciel et la mer d’un seul mouvement. Pour cela il faudrait être ingénieux, utiliser les techniques de Hitchcock pour que les raccords de plans passent inaperçus. Mais Travelling c’est cela : un film malicieux qui use de la magie du cinéma pour nous en faire voir plein les yeux.

Ce film puiserait son élan dans la ville de Tanger, autour de laquelle s’est organisé le festival cette année, cependant elle ne serait qu’une impulsion pour le film construit comme une parade de cultures. Le film serait imprégné de l’orient, de l’odeur du thé et de la lumière du soleil mais ce sont les personnages qui constitueraient la rencontre avec l’altérité. Non pas un protagoniste mais une profusion de personnages, à parole égale dans un film choral. Le film serait une ouverture sur l’histoire de ces femmes et hommes, mais également la façon dont ils fonctionnent ensemble. Ce film aurait des allures de documentaire sur l’être humain, la façon dont les hommes se côtoient, se comprennent ou ne se comprennent pas, et apprennent au contact des autres. Les relations familiales seraient mises en évidence, mais c’est aussi la construction d’un lien social avec un inconnu qui apparaîtrait. Si la caméra se déplace ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de suivre des personnages en voyage. Le spectateur, finalement, pourrait voyager par la rencontre de ces êtres que la caméra capte sur son passage. Et quand un personnage est abandonné dans ce travelling sans fin, le film ne meurt pas, il s’inspire du souffle rencontré et continue son périple. Ce film a des dizaines de vies.

Ce long travelling de rencontre avec l’être humain, dilate l’espace-temps et crée une impression d’éternité. Un paradoxe apparaît entre chaque rencontre vécue au rythme lent d’une vie qui se raconte, et l’impression de caméra-marathon qui n’en finit jamais d’avancer, à bout de souffle. La nuit et le jour se succèdent sans que les journées puissent être mesurées car l’espace tout comme le temps appartiennent à une nouvelle réalité. Les rencontres qui se succèdent peuvent être modélisées comme de nouveaux épisodes. La rencontre avec un nouveau personnage est toujours une découverte inattendue pour le spectateur, qui va chercher à l’apprivoiser, qui l’appréciera ou non. Le film possède donc sa part de mystère, un rideau qui se lève sur chaque histoire de vie pour dévoiler les hommes.

Certaines histoires de ce film conteraient la dépravation, la nostalgie ou la dureté de l’existence. Mais on trouverait dans les images du bonheur, de l’énergie et du partage. Les éclats de rire guideraient le spectateur dans son aventure, et la musique serait toujours présente en toile de fond. Des chansons orientales, des musiques bollywoodiennes, un air rock’n roll ou encore une chansonnette de cirque. Les spectateurs auraient les sens en éveil. Travelling dégagerait une chaleur et embaumerait la salle de doux parfums.

Ce film, cette respiration poétique, donnerait faim. Faim de voyage et faim d’autrui. Le désir de faire son sac à dos et de partir rencontrer des inconnus.

 

Pour créer le film Travelling il faudrait surtout mettre de l’amour, de cet amour qui unit les festivaliers, dans l’envie de découvrir d’autres terres et d’autres hommes. Alors que la dernière journée du festival était également le jour de célébration de l’amour, des personnes se sont confiées : Si Travelling était une personne, que lui diriez-vous pour la St-Valentin ? Pour celui qui débarqua pour la première fois en cette soirée sur le festival, il s’agissait d’une invitation à la découverte « Je te paie un verre ? ». Celui qui avait partagé des moments émouvants avec Travelling déclara « Je t’aime. » et d’autres promirent de revenir bientôt : « À l’année prochaine ! ». Un mot d’amour c’est une réponse à ce que l’on a reçu, qui nous a touché, et qu’il est difficile à traduire. C’est pourquoi à Travelling qui nous a transporté ente terre, ciel et mer, nous disons : « Merci ».

 

– Ariane CHOPANI

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