Révolte roumaine contre une auto-amnistie des élus

Un étrange écho nous arrive de l’autre côté de l’Europe. En effet, un décret gouvernemental a été adopté le 31 janvier en Roumanie qui permettait de gracier les condamnés pour corruption dont les affaires dataient de plus de 5 ans, entravant le travail de la justice. Et le cynisme ne s’arrête pas là au vu de la justification de ce décret : le désenclavement des prisons par la libération de 2500 personnes coupables de corruption.

 

Plus grande mobilisation depuis 1989, lors de la chute de Ceausescu, il s’agit moins d’une opposition au gouvernement «socialiste» qu’une révolte contre le cirque politicien généralisé. Exaspéré.e.s et prêt.e.s à combattre pour l’idée de la démocratie, on parle de révolution entre manifestants.

 

La démocratie a du mal à s’épanouir dans cet ancien Etat soviétique rongé de toutes parts par la corruption. Un parquet spécialisé, la direction nationale anticorruption (DNA), a donc été créé en 2002 afin d’institutionnaliser la lutte antifraude, dans l‘espoir d’être éligible à l’entrée dans l’Union européenne.

Les dossiers sont désormais traités beaucoup plus rapidement car une génération de juristes a souhaité combattre le problème. La puissante structure pyramidale corrompt jusque dans la vie quotidienne des Roumains : hôpitaux, police, citoyens, aucun aspect de la vie des citoyens n’est épargné.

 

La procureure en chef, Laura Codruța Kövesi, et ses 120 collaborateurs mènent le travail que des journalistes engagés font dans d’autres pays dépourvus d’un tel outil juridique ou trop inefficace. Le pays est également doté de l’ANI, agence nationale pour l’intégrité, créée en 2007 afin de contrôler les déclarations de fortune des officiels roumains .

Les élus crient au scandale. Et il y a de quoi, car les dispositifs mis en place s’avèrent efficaces ! Selon les résultats du rapport pour l’année 2016 de la DNA, on compte 1250 inculpés ainsi que 5 fois plus de ministres et de parlementaires qu’en 2014.

 

Le 4 février, le gouvernement retire son décret afin de calmer les citoyens mobilisés dans la rue, chaque soir plus nombreux. Le mal est fait et les Roumains n’accordent plus leur confiance en ce gouvernement fraîchement élu.

Le 21 février, le parlement confirme quasi-unanimement l’abrogation du décret.

 

Le 19 février a eu lieu des rassemblements contre la corruption des élus dans 41 villes de France. En effet le 17 janvier, “dans l’indifférence générale” selon le décodeur du Monde Maxime Vaudano, les députés ont voté une loi qui permet de faire bénéficier d’une prescription au-delà de 12 ans pour les délits financiers. Le but étant de mettre fin à l’insécurité juridique causé par l’imprescriptibilité. Dit autrement, la justice n’oublie pas assez vite.

Pour terminer, voici le classement de Transparency International  : la Roumanie est 57ème et la France est 23ème. Rien n’est moins sûr que la France conserve cette place. Est-ce la dégringolade ou bien la prise de hauteur qui nous attend ?

Rassemblement contre la corruption, à Rennes le xx Mars 2017. Place de la Mairie.

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