Bretagne, nouveau foyer d’accueil 

Les groupes de migrants initialement installés à Trébeurden et Trégastel se plaisent en Bretagne. Leur bonne adaptation est grandement due au travail des bénévoles, mais ne se fait pas sans obstacles.
40 migrants demeurent aujourd’hui au centre de vacances EDF (CCAS) de Trébeurden. Il s’agit d’un groupe d’hommes d’origines afghane et soudanaise. Leurs formalités administratives sont en attente, et eux aussi. Pour l’instant, ils apprennent à vivre en France, et particulièrement dans le Trégor. Cette nouvelle existence semble leur plaire car la plupart d’entre eux font leur demande d’asile en France, en Bretagne. 
Une région accueillante et des bénévoles à l’écoute
Le collectif des « gens heureux que Trébeurden et Trégastel accueillent des migrants » a mis en place de nombreuses actions pour faciliter l’insertion de ces nouveaux Bretons d’adoption. Cela passe par la permanence qui se tient tous les soirs au centre, un moment d’écoute et de partage entre les migrants et les bénévoles. Selon Chantal Lemoine, membre active du collectif, la permanence de Trégastel « tournait bien, il y avait toujours du monde ». Sur le nouveau site, l’enthousiasme est plus tempéré. Pour autant, des actions sont toujours menées comme les cours de français, ainsi que des activités et des repas, qui permettent l’insertion et la socialisation d’individus qui sont trop souvent isolés. Un des migrants, Ihsannllah, explique qu’il échange de la musique avec Maud, bénévole. Il lui partage un peu de sa culture, afghane, et réciproquement. De plus, de nombreux migrants bretons, du Trégor et d’ailleurs, participent à des fest-noz. Au vu des demandes d’asiles, les migrants hébergés dans l’Ouest semblent satisfaits de leurs conditions.
Le démantèlement de la « jungle » : un tollé à Trégastel
 L’annonce de l’arrivée de deux groupes de migrants dans le Trégor en novembre 2016 n’avait pas plu à tous. Dans la commune de Trégastel, le parti du Front National (FN) au second tour des régionales de 2015 représentait 15,89% des voix. 
Résultat du vote du second tour dans la commune de Trégastel.
Certains militants frontistes avaient donc appelé à la manifestation le vendredi 14 octobre, dans les communes de Trébeurden et Trégastel, afin de « dénoncer la préférence étrangère ». Cette mobilisation avait donné lieu à une contre-manifestation bien plus importante numériquement. Les habitants sont donc en majorité favorables à l’accueil des migrants, mais une atmosphère de tension s’est instaurée. Cette hostilité est relayée par des médias engagés à l’extrême droite comme le site www.breizh-info.com qui publie de l’information journalistique, ou www.resistancerepublicaine.eu.
Trébeurden et Trégastel, la centralisation qui fâche
A leur arrivée en novembre, les 59 migrants étaient divisés en deux groupes. Après des départs en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile), les 40 hommes restants sont aujourd’hui rassemblés sur le site de Trébeurden, décrit par Chantal Lemoine comme « une vraie caserne ». A Trégastel, la vie dans des bungalows offrait une certaine autonomie aux migrants, qui pouvaient inviter des gens à manger, se déplacer à vélo, etc.  Ihsannllah, qui a été transféré, regrette les moments passés à boire le thé. Selon la préfecture des Côtes d’Armor, la décision de mutualiser les deux sites a été prise afin de libérer le village vacances de Trégastel, qui doit rouvrir prochainement. Mais ce choix est perçu par certains bénévoles comme une volonté de déstabiliser les migrants et de réduire leur autonomie.
Transition ou installation ? 
Pour vider la « jungle », l’ex-ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve avait annoncé une suspension des procédures « Dublin II » et « Dublin III », qui imposaient aux migrants de faire leur demande d’asile dans le premier pays européen dans lequel ils étaient entrés. En attendant d’être « dédublinés », ceux qui occupaient Calais ont été envoyés dans diverses communes françaises. Il devait s’agir d’un hébergement de transition, avant d’entrer dans les CADA. Pourtant, parmi les arrivants trégorrois, seuls sept ont obtenu le statut de réfugié. La période de transition se prolonge donc, et incite les migrants à faire leur demande dans cette région dans laquelle ils prennent leurs marques.

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